François Pérusse met l’OSM dans sa poche de veston
Les cravates se sont desserrées et les rires ont fusé à la Maison symphonique de Montréal, mardi, alors que l’invité d’honneur s’appelait… François Pérusse. Retour sur Pérusse symphonique: du Snack bar à l’OSM, soirée de douce folie aux multiples voix typiquement «pérussiennes».
Rarement s’est-on imprégné d’une atmosphère aussi décontractée à la Maison symphonique. François Pérusse ne se prend pas au sérieux dans la vie, il n’allait certainement pas nous considérer en hauteur parce qu’il se trouvait quelques mètres sous le Grand Orgue Pierre-Béique, accompagné de maestro Simon Rivard et de 68 musiciens de l’OSM.
Pérusse est d’ailleurs entré en piste en toute simplicité, presque discrètement, sous des applaudissements ne laissant planer aucun doute sur son statut d’intouchable. En guise de mise en bouche, un petit pot-pourri contenant notamment On déjeunera chez Greenberg et De rien a mis la table.
C’est lui qui l’a dit: après avoir travaillé seul «pendant 36 ans, avec un microphone, en jogging», cette rencontre en salle avec des admirateurs de longue date, c’était «émouvant».
Fidèle à son habitude, l’humoriste a surtout joué la carte de la complicité, s’improvisant copain-copain avec les 68 instrumentistes de l’OSM, qui ont joué le jeu de bon gré. Il fallait le voir courir comme un gamin vers l’octobasse, visiblement fasciné. «Moi, ça m’fait capoter, ça…! (…) Ça vient-tu avec un étui…?»
François Pérusse a interprété quelques chansons, mais les chanteuses Marie-Pierre Arthur et Mara Tremblay lui ont prêté main-forte sur plusieurs morceaux. L’une de ses idoles, Breen Leboeuf, s’est également amené en fin de parcours pour une version très sentie du Blues passent pu dans’ porte.
Le gars qui magasine… des billets
C’est son – toujours aussi désabusé – gars qui magasine au téléphone qui a souhaité la bienvenue aux spectateurs. Quoique «bienvenue» c’est un bien grand mot; l’impatient souhaitait surtout acheter des billets pour un certain concert à la Maison symphonique, se demandant si ledit François Pérusse serait bel et bien de la partie.
«Quand l’Orchestre symphonique joue Beethoven, Beethoven ‘est tu ‘s’a scène?», de balancer l’iconique personnage à celui qui venait de lui répondre sur le ton de l’évidence. Le ton Pérusse était officiellement donné!
La musique a reçu toute la place qui lui revenait dans ce contexte symphonique, mardi. Nul nécessaire d’être féru mordu de l’œuvre de François Pérusse pour apprécier le concept. Oui, il y a eu Assis sur mon tracteur, Le Soleil, Mon prof de gym et «la tune de 16 secondes qui est [son] plus grand succès», Bonne fête. Mais les irréductibles ont sans doute encore davantage savouré leur moment, les références à Caroline, au «Concours de dessin» et autres anecdotes des Beatles, de Crystal Waters n’ayant pas piffé sa Fadeli Fadela ou d’une conversation avec le gérant de Technotronic.
François Pérusse a alterné entre les classiques de son vaste répertoire, puis d’autres classiques chers à son cœur, avec un numéro turlute, par exemple. L’artiste s’est payé la traite en conviant ses deux fils adolescents, Frédéric et Jaco Yale-Pérusse, à jouer basse et batterie avec lui sur un medley jazz. Il n’en a pas caché sa fierté.
Les plus magiques sont instants se sont bien sûr pointés à la fin de l’enchaînement, pendant une Snack Bar chez Raymond entamée sans cérémonie, que l’assistance a entonnée très fort, au point d’en terminer des phrases à la place de Pérusse. Puis, Guy et son Bicycle Jaune ont également culminé en une immense chorale.
Comme la vitamine C
Mardi, François Pérusse a souligné, ému, que c’était «le premier concert de [sa] vie», entre les deux ovations qui ont clôturé ce mémorable rendez-vous. Et ce, en près de 40 ans de carrière.
Dès l’ouverture des portes de ce Snack bar à l’OSM, alors que les instruments s’accordaient encore, il y avait un petit quelque chose de spécial qui flottait dans l’air. Le public, en prenant place, paraissait dissipé, comme des enfants la veille de Noël. Les gardiens de sécurité, les attachés de presse, tous les employés étaient plus détendus qu’à l’habitude. Un groupe d’inconditionnels assis dans la première rangée d’une loge avait revêtu des chandails noirs marqués de lettres blanches, lesquelles, alignées, formaient le mot «Galipeur». Les initiés comprendront.
Certes, le réputé OSM joue chaque année dans les eaux pop, dans celles des Cowboys Fringants ou de Passe-Partout, en passant par Fred Pellerin. Les vedettes des palmarès côtoient maintenant fréquemment les ouailles de Rafael Payare, ce genre d’événement n’a désormais plus rien d’exceptionnel.
Mais François Pérusse n’est pas comme les autres. Tout le monde aime François Pérusse. Il rend de bonne humeur. On a tous déjà fredonné Mon prof de gym ou siffloté son Snack Bar chez Raymond. Stéphan Bureau l’avait décrété en 2015, lorsqu’il avait animé le gala Juste pour rire hommage au plus vocal de nos amuseurs: François Pérusse est comme la vitamine C. Il est impossible d’être «contre» la vitamine C, comme il est impossible d’être «contre» François Pérusse.
Mardi, toute la salle était excitée à l’idée d’avoir sa dose d’acide ascorbique au goût d’agrumes et de «bon burger qui coule à terre».
Pérusse symphonique: du Snack bar à l’OSM tient l’affiche à la Maison symphonique de Montréal jusqu’au vendredi 20 février. Il reste encore quelques (rares) billets.