Lorsqu’il était directeur général de CISM 89,3 FM, Dave-Éric Ouellet, alias MC Gilles, a embauché des Émilie Dubreuil, Paul Journet, Pasquale Harrison-Julien et Hugo Meunier. Tous des journalistes aujourd’hui très respectés dans la profession. 35 ans plus tard, CISM continue d’avoir un impact majeur sur le monde culturel et journalistique de Montréal.
MC Gilles a accepté de la main de Simon Proulx, chanteur des Trois Accords, un disque compact où était gravée la première version de la chanson Hawaïenne. Il a fait jouer Bjork et Beastie Boys à l’époque où la seule évocation de ces noms constituait un statement, longtemps avant qu’ils ne deviennent objet de culte pour plusieurs.
Il a même offert une tribune aux employés de Radio-Canada lors de la dernière grande grève des années 2000, dont Michaëlle Jean – devenue par la suite gouverneure générale du Canada de 2005 à 2010 –, qui était alors incapable de faire fonctionner le magnétophone et le micro qu’on lui avait fournis.
« Il avait fallu lui expliquer comment s’enregistrer. C’était un moment, quand même! Supposément qu’on n’était pas importants, que CISM est juste une radio universitaire… On a quand même montré à Michaëlle Jean comment ça marche! », s’esclaffe en entrevue MC Gilles de son rire franc.
Normand L’Amour au complet
Vous l’aurez compris, les 35 ans de CISM rappellent une tonne de souvenirs au collaborateur d’Infoman, co-porte-parole avec Marie-Pierre Arthur de la campagne anniversaire de financement de la chaîne. Une chaîne de l’émergence, de la relève, du «pas de côté», du champ plus gauche que celui du grand public, de la découverte avant le buzz.
La plateforme de ces artistes qui méritent d’être entendus, mais que personne n’ose pousser, à la Malajube, Karkwa et Arcade Fire avant l’heure.
L’affaire est connue. C’est même grâce à cette antenne underground que son personnage de MC Gilles est devenu le gagne-pain de Dave-Éric Ouellet. Alors gestionnaire qui formulait des demandes de licences à gauche et à droite, il s’était créé un alter ego pour combler un trou dans la grille-horaire en ondes, le vendredi matin. «Temporairement», semble-t-il.
Il fut le premier surpris de constater que ses «niaiseries» à la barre de l’émission devenue iconique Va chercher le fusil! avaient trouvé écho jusqu’au costumier de Radio-Canada.
De là sont venus Infoman, ensuite Puisqu’il faut se lever, C’est juste de la TV, PaparaGilles, Gensses d’influence et autres petits et grands plaisirs d’une carrière qui, insiste-t-il, n’aurait jamais existé sans l’espace de liberté totale accordé par CISM. Où il «clenchait» à lui seul le quota de 65% de contenu francophone hebdomadaire exigé par le CRTC avec sa «musique de sous -sol», ses joyaux méconnus décalés, absurdes, tordus, flyés, kitsch, quétaines, mauvais, «malaisants»… Ces choses que personne n’écoute, mais que tout le monde écoute.
Il était le seul, se targue-t-il, à diffuser les pièces de Normand L’Amour au complet. Ou celles de l’album disco de Guy Lafleur, auquel il a d’ailleurs refait honneur en reprenant le micro pour une édition spéciale de Va chercher le fusil!, vendredi dernier. L’émission peut être rattrapée sur le site web de CISM.
«J’ai fait jouer des tunes à l’envers, des tunes dans des langues qui n’existaient pas… (rires) Quelqu’un m’envoyait des tunes en serbo-croate!», se remémore le coloré communicateur. MC Gilles n’a d’ailleurs jamais consenti à signer de clause d’exclusivité avec ses différents employeurs, que ce soit Cogeco ou Radio-Canada, parce qu’il aura toujours CISM gravé sur le cœur.
«C’était l’époque où Louis-José Houde faisait Dollaraclip à MusiquePlus et les Denis Drolet faisaient de l’absurde. Moi, j’étais quelque part entre les deux, avec moins de talent», badine-t-il.
«Quand tu fais jouer Guy Lafleur disco, tu penses que tu vas être le seul à trouver ça drôle, mais tout le monde trouvait ça drôle!», déclame celui qui s’autoproclame «le fucké des straights, et le straight des fuckés».
MC Gilles a tenu la barre de CISM pendant cinq ans à titre de directeur général, et il a piloté Va chercher le fusil! pendant presque 20 ans, jusqu’à la pandémie. Allez savoir s’il ne pourrait pas récidiver.
«Ça prend cet espace de liberté-là. Sans des CISM, des Angine de Poitrine n’existent pas», soutient MC Gilles.
Pas «matante»
En tant qu’artiste, Marie-Pierre Arthur estime être la preuve que «ça change vraiment quelque chose dans une vie, d’être jouée dans une radio universitaire». Elle se considère chanceuse que son matériel ait toujours trouvé place dans l’offre de CISM, depuis son premier opus en 2009 jusqu’en 2026.
«Ils sont là pour la musique, pour l’art. C’est super important pour la vitalité musicale d’une ville. C’est ainsi qu’on attrape les jeunes», considère la chanteuse.
Pour un créateur, CISM fait office de street credit. Un gage de crédibilité en marge des flaflas pétaradants du dimanche soir, même si toutes les visibilités sont importantes.
«Ça n’empêche pas la popularité de venir, mais ça prend ça. Si tu ne joues pas là, c’est comme si tu étais trop… matante», rigole l’autrice-compositrice-interprète, un sourire dans sa voix hésitante.
«Tu veux qu’ils te choisissent, tu comprends? Il y a quelque chose de cool, là-dedans! Si c’est très, très « grand public », ça ne joue pas à CISM. Chez eux, tout est organique. Ça n’a rien à voir avec les stats. Ça part de l’animateur qui a envie de faire jouer telle tune, et pas nécessairement le single du moment. Si l’animateur n’a pas de kick sur toi, tu ne joues pas.»
Un canal d’autant plus important en cette période où les publics sont tellement difficiles à rejoindre. Guidés par les algorithmes, chacun dans son silo de préférences, à l’ère où l’impact de la télévision est désormais presque anecdotique et où les médias spécialisés à la Voir et ICI sont pratiquement tous disparus.
« Avec les réseaux sociaux, c’est difficile de savoir qui on reach ou pas. Avec les algorithmes, même nos fans ne savent parfois même pas qu’on joue. Des médias comme CISM, c’est une assurance de pouvoir rejoindre une partie de notre monde.»
Marie-Pierre Arthur présentera son concert intime L’Ensemble Doux aux Foufounes Électriques le 17 juin, dans le cadre des Francos de Montréal.
Consultez le site Web de CISM pour tout savoir de la programmation, du 35e anniversaire et de la campagne de financement.
.
