Jeudi, Juste pour rire et Julien Lacroix étaient main dans la main dans leur partenariat pour redevenir pertinents en humour au Québec. Ça a duré 24 heures.
Hier, le président de Juste pour rire laissait tomber son humoriste et s’excusait au public pour sa décision.
Ce qui m’amène à me poser la question… à quoi il a bien pu penser, bâtard?
Oui, Julien a entamé un processus personnel et il y a peut-être une place pour lui dans le paysage de l’humour. J’en parlerai un peu plus dans un instant.
Mais quand ton entreprise traîne un bagage aussi lourd que Gilbert Rozon… Quand ton fondateur, c’est le visage du mouvement #metoo au Québec… Quand tu as fait faillite et tu tentes de refaire ta place et ta réputation… Julien Lacroix, c’est pas ton homme.
Le droit du public
Hier, ma collègue Marie-Josée rapportait les propos d’humoristes qui étaient sidérées par la nouvelle. D’autres personnalités célèbres se sont exprimées directement sur leurs réseaux sociaux.
L’industrie ne s’est pas encore remise de Julien Lacroix. Ni de Gilbert Rozon, d’ailleurs.
Mais moi, je ne vous parlerai pas de l’industrie. Je veux vous parler du droit du public.
Parce que la question du traitement de cette affaire-là dans les médias m’a été posée à maintes reprises. Surtout depuis la fameuse série balado du 98,5 et de La Presse.
L’essentiel de la question, c’est ceci: si l’ex-conjointe de Lacroix a cheminé, qu’elle l’a pardonnée, et qu’elle demande au Québec de passer à autre chose, pourquoi on traite encore l’humoriste comme un persona non grata?
Les victimes de Julien Lacroix, Geneviève Morin au premier chef, on le droit d’avoir leur propre cheminement. Elles ont le droit de le partager et même de critiquer le mouvement #metoo, comme Mme Morin l’a fait.
Par contre, le public aussi a le droit de faire son propre cheminement. Julien Lacroix est un violeur, et cet épithète ne le quittera jamais. Si le public n’est pas prêt à accorder son pardon à un violeur, à le voir à la télé, à le voir en spectacle, c’est son droit.
Une perception en évolution
Ceci étant dit, clairement, une partie du public est prêt. Même si certaines salles de spectacles refusent d’accueillir l’humoriste, des milliers de gens ont vu son dernier one man show.
Julien Lacroix a clairement cheminé. Ça a mal commencé, avec une série balado qui a été condamnée par le Conseil de presse et une entrevue télé où il a critiqué le travail de la journaliste du Devoir qui a sorti l’histoire initiale.
Mais il a cheminé. Si on n’a pas été témoins des discussions personnelles qu’il a pu avoir, c’était au moins suffisant pour convaincre son ex.
Il se peut qu’un jour, peut-être dans un avenir pas trop lointain, la cicatrice aura guéri suffisamment pour que la moyenne des Québécois soit à l’aise à le ravoir comme membre normal et actif du vedettariat québécois. Pas tout le monde, ça ne sera jamais tout le monde. Mais suffisamment pour que les gens comme moi arrêtent d’en faire un cas.
Ce jour n’est pas encore arrivé. Et ce n’est certainement pas avec Juste pour rire que ça se fera.
